Une histoire de deux Afriques

March 25th, 2014

L’Afrique: le berceau de l’humanité. Le deuxième continent du monde en nombre d’habitants, il abrite plus d’un milliard de personnes. Et, de la même manière qu’on peut repérer certaines différences culturelles à travers l’Europe – des Îles Britanniques et la Scandinavie, à la Méditerranée et l’Europe de l’Est – il existe aussi des distinctions évidentes parmi ceux qui habitent sur ce continent coloré.

Historiquement, l’Afrique du Nord a maintenu une relation forte avec le monde arabe depuis la septième siècle, quand une période d’expansion militaire musulmane rapide, qui s’est répandue vers l’ouest depuis l’Égypte, a mené finalement à la conquête arabe de la péninsule ibérique pendant la huitième siècle. Cette expansion, cependant, ne s’est pas répandue vers le sud au-delà du Sahara jusqu’à l’Afrique subsaharienne (parfois appelée l’Afrique noire).

Ces histories contrastées, et le fait que le Sahara soi-même l’est, l’était, et toujours le sera quelque chose qui divise ces deux régions géographiquement, signifient que – qu’importe ou non – il y a des différences claires entre les pays nord-africains et ceux-là au sud du désert le plus chaud du monde. Et l’une des manières de les démontrer est au moyen d’une analyse des parcours respectifs des clubs de foot de toutes les deux régions dans la compétition continentale la plus importante d’Afrique.

Two Africas

Anciennement dirigé par (l’aujourd’hui retraité) Mohamed Aboutrika, sans doute l’un des joueurs africains les plus doués de la dernière décennie, les égyptiens de Al-Ahly sont les rois du jeu africain. Le gagnant des deux dernières éditions de la Ligue des Champions de la CAF, en tout il a 8 titres, et il a été finaliste deux fois de plus. La chose la plus sidérante de sa réussite récente, pourtant, est qu’il l’a accompli pendant une période de tragédie et instabilité intense dans le jeu égyptien. Le massacre de Port Saïd, qui a eu lieu pendant un match de la ligue disputé par Al-Masry et Al-Ahly en février 2012, a provoqué la mort de 79 personnes. La Fédération égyptienne a annulé la ligue tout de suite, et le reste de la saison n’était pas joué. Elle a annulé la saison suivante aussi, cette fois après 15 matchs, à cause du coup d’état qui a conduit à la destitution de Mohamed Morsi. Al-Ahly, sans matchs de la ligue réguliers, a réussi, d’une manière ou d’une autre, tout d’abord à remporter, puis conserver le prix le plus grand d’Afrique – un témoignage du désir et de la force mentale des joueurs.

Depuis le relooking du tournoi en 1997, Al-Ahly a été sacré champion 6 fois –autant de fois que tous les équipes subsahariennes combinées. En totale, les équipes nord-africaines ont gagné le nouveau trophée en 11 occasions (2 victoires pour Raja Casablanca, et 1 pour Zamalek, Étoile du Sahel et ES Tunis chacun). L’Afrique du Nord jouit du succès prolongé au niveau continental en grande partie grâce aux avantages financiers qu’il l’a, par rapport à son frère du sud. Malgré quelques apparences dans la finale par les camerounais de Coton Sport, les nigérians de Heartland et (plus récemment) les sud-africains d’Orlando Pirtaes, il existe un sentiment général que la seule équipe subsaharienne qui peut disputer aisément et régulièrement avec les nord-africains pour l’instant est TP Mazembe. Champion en 2009 et 2010, les congolais sont soutenus par l’entrepreneur et politicien Moïse Katumbi Chapwe, et sont capables d’attirer (et, plus important encore, garder) quelques-uns des meilleurs joueurs du continent grâce aux finances saines – quelque chose de rare dans le foot de cette partie du monde.

Les chiffres montrent que, sur les 17 finales qui ont eu lieu, 7 ont été disputé par deux équipes nord-africaines. Juste 2 finales, le match en 1998 disputé par ASEC Mimosas et Dynamos et la finale en 2009 entre TP Mazembe et Heartland, ont été disputés par deux équipes subsahariennes. Cela ne vaut pas dire que les équipes subsahariennes ne parviennent pas à disputer de façon individuelle. La progression à la finale d’Orlando Pirates l’année dernière a été la bienvenue, étant donné  les résultats décevants des équipes sud-africaines en dépit de leur prospérité relative et les facilités et infrastructure de haute nivelle dont ils sont dotés, par rapport à la majorité du continent. De façon similaire, Enyimba de la Nigéria a gagné trophées consécutifs en 2003 et 2004 (battant les équipes nord-africaines tous les deux fois). Ce pendant, il n’a pas parvenu aux demi-finales les deux années subséquentes, et n’a pas participé du tout dans le tournoi depuis son apparence dans les demi-finales en 2011.

Le problème n’est pas individuel. Actuellement, les équipes subsahariennes ne fournissent pas une menace collective à l’Afrique du Nord. Si on regarde le tournoi actuel, dans son second tour de qualification, on voit que l’Afrique du Nord et l’Afrique Subsaharienne ont 8 compétiteurs toutes les deux. Cependant, on aurait du mal à ignorer Al-Ahly, ES Tunis, Zamalek ou CS Sfax. Jetant un coup d’œil au groupe subsaharien n’offre pas des candidats d’un niveau équivalent. TP Mazembe est un vrai candidat, sans doute. Après cela, il est possible que soit Coton Sport soit AC Léopards puisse obtenir des résultats inattendus, mais les considérer comme vrais candidats pour le titre? Cela semble aller trop loin. Si je devais choisir les huit équipes qui progresseront à la phase de groupes – une tâche difficile parce que il y a toujours des résultats inattendus pendant ces phases – je choisirais Al-Ahly, ES Tunis, TP Mazembe, CS Sfax, Coton Sport, AC Léopards, Kaizer Chiefs et Zamalek. Bien que cela représente 4 équipes pour l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne chacun, selon toute probabilité la coupe de 2014 restera en l’Afrique du Nord.

CAF Champions League

Il faut faire un voyage aux origines modestes de la Coupe d’Afrique des clubs champions pour trouver de preuves de dominance subsaharienne. Depuis le premier tournoi en 1964 jusqu’à 1980, les équipes subsahariennes ont gagnés toutes les compétitions sauf deux éditions. Cela, toutefois, est plutôt trompeur. Une analyse des participants de ces anciens tournois révèle un manque évident de participants nord-africains. Il est difficile d’expliquer pourquoi. Les équipes nord-africaines peut-être n’étaient pas assez fortes pour qualifier ou, plus simplement, ils peut-être n’étaient pas invitées. Ce qui est clair, cependant, est qu’une fois que les équipes nord-africaines eurent vraiment commencé à participer, le trophée a rarement retourné au sud de la Sahara.  Entre 1980 et 1996, les équipes nord-africaines ont gagné 14 des 16 titres possibles. Et ce n’était qu’une question de dominance égyptienne. Bien que Zamalek et Al-Ahly ont gagné leurs parts équitables, la coupe est allée régulièrement à la Tunisie (ES Tunis et Club Africain), au Maroc (FAR Rabat, Raja et Wydad Casablanca) et à l’Algérie (JE Tizi-Ouzou, ES Sétif et JS Kabylie) aussi. Asante Kotoko (1983) et Orlando Pirates (1995) étaient les seules équipes subsahariennes qui ont pu rompre l’emprise qu’il avait le Nord sur le plus grand trophée africain.

C’est fascinant de se demander si les équipes sub-sahariennes jamais pourront disputer avec les équipes nord-africaines à un niveau égal. Une explication de leur échec jusque-là pourrait être que les clubs européens, asiatiques et américains (du nord et du sud) pillent les équipes au sud de la Sahara d’une manière continuelle, en achetant leurs meilleurs jeunes joueurs. Les joueurs qui viennent de cette partie du monde sont très conscients que, s’ils veulent gagner la vie en jouant au foot, il est probable qu’ils doivent quitter leurs pays d’origine à un moment. Cela le rend très difficile pour les équipes de garder leurs meilleurs joueurs, spécialement quand l’argent entrant peut aider à maintenir la stabilité financière du club.

Mais les joueurs nord-africains partent régulièrement pour l’Europe aussi; la France est une destination populaire. La différence est qu’il n’y a pas toujours la même nécessité de partir. Il existe aussi ceux qui retournent à l’Afrique du Nord après avoir échoué à percer. Oussama Darragi représente un bon exemple. L’un des meilleurs joueurs en Afrique, il a enfin quitté la Tunisie à l’âge de 25 – relativement vieux par rapport à l’âge à laquelle les joueurs subsahariens tendent à aller à l’étranger. Après une saison plutôt ordinaire en la Suisse avec Sion il est revenu à ES Tunis. Les joueurs subsahariens rarement ont l’option de faire cela. En outre, les équipes nord-africaines achètent régulièrement quelques-uns des meilleurs joueurs subsahariens, qui les renforce et qui affaibli leurs rivales à la fois (d’une manière pareille à celle de Bayern Munich dans le Bundesliga). C’est du jamais vu de voir une équipe nigérienne ou ghanéenne achetant un joueur égyptien, marocain, tunisien ou algérien. Peu importe comment on le regarde, l’Afrique subsaharienne est en bas de l’échelle. C’est bien difficile de commencer à monter quand tout le monde te marchent pour monter soi-même.

Il sera intéressant de voir ce que l’avenir les réserve. Comme j’ai déjà indiqué, on considère TP Mazembe comme l’un des meilleures équipes du continent, et il représente toute la région subsaharienne avec un effectif plein de talent congolais, ghanéen, malien, zambien, tanzanien et malawien. Coton Sport, finaliste en 2008, a atteint les demi-finales la saison dernière, et a un effectif bon et jeune. Orlando Pirates a offert un peu d’espoir que l’Afrique du Sud allait enfin hausser son niveau de jeu et mettre ses paroles en action, et Kaizer Chiefs espère profiter et ajouter aux performances de sa rivale éternelle cette année. Nigéria a une ligue compétitive et fournit des challengers de temps en temps, de même que Ghana. Et AC Léopards, de la République du Congo, a gagné le mineur prix africain – la CAF Coupe des Confédérations – en 2012 et a joué admirablement pendant ses premiers apparences dans la ligue des champions l’année dernière, manquant une place dans les demi-finales par un point. Par rapport aux années sombres entre 1980 et 1996, on pourrait même prétendre que l’Afrique subsaharienne enfin fait des progrès.

Pour le moment il reste douteux, mais si ces équipes peuvent garder leurs meilleurs joueurs assez longtemps, alors la coupe peut-être passera une période de temps prolongée au cœur de l’Afrique noire.

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